9. Accéder à la culture

Au moment où la culture est trop souvent considérée comme un simple produit de consommation, une marchandise parmi d’autres, une politique publique en matière de culture prend tout son sens car il est impensable de laisser au seul marché et aux entreprises de communication l’exclusivité de façonner les identités et imaginaires collectifs. L’importance de la culture et des arts vivants a tendance à être sous-estimée dans notre société qui met en avant à l’excès l’individualité et le rendement économique. Arts et culture sont des atouts à valoriser pour un développement harmonieux et le renforcement des liens sociaux.

Instrument d’intégration, ferment d’idées nouvelles, porteuse d’un nécessaire regard critique sur notre société, la culture doit être accessible au plus grand nombre. Si démocratiser la culture signifie encourager toutes les formes de cultures et son accès au plus grand nombre, le projet socialiste intègre également la culture pour toutes et tous : chacune et chacun peut se voir encouragé à la création et à développer son propre univers artistique. La culture n’a donc pas pour vocation d’être élitaire mais au contraire de naître et s’épanouir dans les pratiques de chacune et chacun.

L’Etat doit jouer un rôle pivot pour protéger et favoriser la diversité et la richesse des expressions culturelles et artistiques. Il doit favoriser l’accès à une offre culturelle de qualité et diversifiée ouverte à toutes et tous, à commencer par les personnes de condition modeste et les jeunes, dans l’ensemble du territoire cantonal. Dans le canton de Vaud, le soutien et l’accès à la culture sont caractérisés par des inégalités évidentes. Certaines communes n’y consacrent qu’épisodiquement une part infime de leurs budgets alors que d’autres assurent à elles seules ou presque l’existence d’institutions culturelles de première importance.

L’Etat doit renforcer son soutien subsidiaire aux activités culturelles par des subventions ciblées en complément de l’effort des communes. Il doit instaurer une égalité d’accès à une offre culturelle de qualité pour les jeunes en formation dans l’ensemble du territoire cantonal et s’engager enfin sur le plan législatif pour mettre en place des structures de financement impliquant la solidarité entre les communes. Vaud est le dernier canton romand à ne pas avoir légiféré dans ce domaine.

 


Mesure 9.1 : Soutenir la diversité des expressions artistiques

Pourquoi ?

La création culturelle n’est pas figée en catégories déterminées par l’histoire ou les genres. Les créateurs s’expriment de plus en plus en utilisant ensemble et simultanément de multiples moyens, musique, théâtre, arts plastiques, vidéo, etc. Par ailleurs, la création contemporaine suit des chemins pluriels : expressions savantes et instituées, en cours de devenir, culture alternative, etc. La culture doit être comprise comme un tout pluriel, y compris dans ses aspects critiques, voire provocateurs et subversifs.

Comment ?

Les nouvelles formes d’art sont résolument pluridisciplinaires. Tenir compte de cette évolution pour l’attribution des subventions attribuées par le canton et les communes, afin que le canton de Vaud demeure un foyer de création vivant et animé. Veiller dans l’attribution des subventions à respecter un équilibre femmes-hommes.

Soutenir le développement de festivals et de scènes culturelles pluridisciplinaires dans tout le canton.

Inciter les communes à reconnaître la variété des foyers de création et à mettre à disposition des artistes des locaux adaptés à la création.

 


Mesure 9.2 : Adopter une loi-cadre de soutien à la culture dans le canton de Vaud

Pourquoi ?

Les tentatives de constitution de fonds intercommunaux pour la culture, sur une base volontaire, ont été sanctionnées par des échecs, excepté la Riviera. Il est donc nécessaire que le canton mette en place une loi-cadre réglant les modalités de contribution de l’ensemble des communes aux activités culturelles.

La région Riviera a créé un fond culturel qui permet à l’agglomération Vevey-Montreux-La Tour-de-Peilz, soit dix communes au total, de construire ensemble des projets culturels. Les travaux en cours sur l’agglomération Lausanne-Morges se concentrent uniquement sur les aspects des transports et de l’urbanisme. La réflexion devrait cependant aussi se porter sur les dimensions culturelles de la réalité d’une agglomération. Dans l’ensemble du canton, la concentration de l’offre dans certaines communes et le manque de participation des communes avoisinantes peuvent être repensés et l’inégalité des contributions communales corrigée.

Comment ?

Elaborer une loi-cadre ayant une portée large. Celle-ci considère les institutions culturelles d’importance cantonale et respecte le rôle des communes. Cette loi doit instituer un fonds cantonal pour la culture dans lequel une participation incitative de l’Etat favorisera l’entrée en vigueur d’un système de solidarité intercommunale pour la culture.

Inclure un volet «culture» aux réflexions sur l’agglomération Lausanne-Morges. Cette expérience pourra servir de laboratoire pour d’autres agglomérations.

 


Mesure 9.3 : Adopter et mettre en oeuvre une Loi cantonale sur le soutien à la formation musicale

Pourquoi ?

Les écoles de musique jouent un rôle évident dans la vie culturelle du canton : présentes sur l’ensemble du territoire, elles constituent non seulement des lieux de formation mais encore des relais culturels, par leur rôle d’organisateur de concerts et d’animations musicales. De fortes inégalités sont constatées dans la participation des communes au financement de ces institutions. Cette situation induit des inégalités flagrantes dans les écolages et met les écoles dans des situations difficiles, certaines ne parvenant pas à assurer un salaire décent aux enseignant-e-s de musique.

Comment ?

L’élaboration d’une loi instituant une solidarité entre communes pour la formation musicale est nécessaire dans les meilleurs délais. Le financement des conservatoires régionaux AVCEM et des écoles de musique de la SCMV doit être assuré par les communes du district, en complément des subsides cantonaux et des écolages payés par les parents, afin d’assurer la pérennité de ces institutions pour leur permettre de jouer pleinement leur rôle de formation à la culture.

 

Faits et chiffres

Fin 2005, le canton comptait 21 écoles de musique et conservatoires membres de l’AVCEM, répartis sur tout le territoire, qui assurent l’enseignement de la musique à près de 12'000 élèves, et 2’500 élèves dans la septantaine d’écoles de la SCMV.

Le soutien des communes est extrêmement disparate, les écolages vont du simple au double et les salaires du simple au triple selon les régions du canton.

Actuellement l’Etat attribue une subvention à ces activités sans base légale. La nouvelle loi sur les subventions exige la mise en place d’une loi. Vaud est un des derniers cantons à ne pas disposer d’une loi pour encourager et soutenir l’enseignement non professionnel de la musique.

 


Mesure 9.4 : Favoriser l’accès à la culture des jeunes en formation dans toutes les régions du canton

Pourquoi ?

La culture en tant que fondement d’une identité et de représentations collectives se trouvent au centre de notre société. Elle contribue également à la prise de distance critique et au développement de l’imaginaire vis-à-vis des discours et pratiques préétablies. La culture est donc un outil d’intégration sociale et de libération personnelle qui doit être à la portée de chacun-e, selon ses priorités et ses préférences. Pour renforcer le lien social, il convient tout particulièrement de faciliter l’accès des jeunes aux activités culturelles.

Les importantes différences d’engagement des communes provoquent des inégalités d’accès à la culture. Aujourd’hui, selon leur domicile, les jeunes en formation ont des possibilités d’accès à l’offre culturelle fort différenciées. Cette réalité vient renforcer un système d’inégalités culturelles déjà fortement déterminées par les inégalités basées sur l’origine sociale et la fortune. Cette situation n’est pas admissible. Une intervention résolue des pouvoirs publics et en particulier de l’Etat de Vaud est nécessaire.

Comment ?

Initier un travail de collaboration étroite entre les autorités politiques responsables de la culture, les institutions culturelles et organisateurs de spectacles pour mettre en place un système de places à prix réduit pour élèves et jeunes en formation accompagnés. Les écoles professionnelles comme les gymnases doivent être intégrés dans cette démarche. La différence entre le prix réduit et le prix normal doit être prise en charge par les pouvoirs publics, pour que les partenaires culturels ne soient pas perdants.

Modifier les programmes scolaires de manière à inclure une part obligatoire de fréquentation de spectacles et d’expositions dans le cadre de l’enseignement artistique, tant au niveau primaire, secondaire que dans la formation post-obligatoire (écoles professionnelles et gymnases). Le financement serait assuré en fixant une part incompressible de moyens consacrés à la fréquentation de spectacles et d’expositions dans les enveloppes pédagogiques à disposition des établissements scolaires et post-obligatoires.

 


Mesure 9.5 : Instaurer un passeport culturel cantonal pour les jeunes

Pourquoi ?

La culture en tant que fondement d’une identité et de représentations collectives se trouve au centre de notre société. Elle contribue également à la prise de distance critique et au développement de l’imaginaire vis-à-vis des discours et pratiques préétablies. La culture est donc un outil d’intégration sociale et de libération personnelle qui doit être à la portée de chacun-e, selon ses priorités et ses préférences. Pour renforcer le lien social, il convient tout particulièrement de faciliter l’accès des jeunes aux activités culturelles.

Comment ?

Instaurer une collaboration entre communes et canton pour permettre la création d’un passeport culturel cantonal commun gratuit pour les jeunes de moins de 25 ans, valable une année et renouvelable. Celui-ci donne accès, à prix modérés, à tout un catalogue de spectacles, expositions ou activités culturelles auprès d’un réseau d’établissements et d’associations culturels, des communes et du canton.

 


Mesure 9.6 : Développer l’offre culturelle dans les écoles

Pourquoi ?

Les écoles professionnelles ne prévoient aucune formation artistique pour les apprenti-e-s, alors que d’autres cursus, comme la voie gymnasiale, en bénéficient. Il s’agit d’une discrimination que rien ne justifie, propre à maintenir une vision élitiste de la culture et de l’art, ainsi qu’une vision étroite de la formation professionnelle. Si chacun s’accorde à reconnaître l’importance de l’éveil et du développement du sens esthétique chez les jeunes, il est inconcevable d’en priver une catégorie, sous prétexte que leur formation est orientée directement vers l’acquisition d’un métier pratique. Il importe également, à titre de culture générale, de donner aux apprenti-e-s des connaissances relatives à l’évolution des disciplines artistiques.

Comment ?

Introduire et renforcer des activités artistiques dans les écoles professionnelles et gymnases, sous forme de cours d’arts plastiques, de dessin, de musique, de théâtre, de cinéma, de photo et de cours d’histoire de l’art.

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