Outre ses missions de base, l’école publique joue un rôle central d’intégration sociale et de promotion des valeurs démocratiques. Dans cette optique, tout doit être mis en œuvre, dès le début de la scolarité et jusqu’au terme de la formation, pour que l’institution scolaire et l’ensemble du système de formation ne soit pas un lieu et un outil de sélection sociale mais remplisse pleinement sa double mission d’instruction et de soutien à l’éducation.
La formation contre la précarité
Le Parti socialiste vaudois continuera à se battre pour une école qui vise à élever le niveau général de la formation de toutes et tous et à lutter contre le renforcement des inégalités sociales. Le tissu économique du canton a subi de profondes mutations au cours des dernières décennies, avec une augmentation des activités dans le secteur tertiaire et une forte progression des activités liées aux nouvelles technologies. Cette évolution implique d’autant plus pour la population de ce canton une formation de haute qualité pour chacune et pour chacun. L’activité professionnelle évolue tout au long de l’existence d’une personne, qui doit souvent se réorienter en cours de carrière. Plus que jamais, le Parti socialiste vaudois réaffirme que la formation des individus ne doit pas être considérée uniquement sous l’angle du rendement et de l’efficacité, mais plus largement comme une partie intégrante du développement social, culturel et économique de notre société.
Dans cette perspective, le Parti socialiste vaudois articule son action autour de trois axes:
- Tout mettre en œuvre pour que chaque enfant puisse se former et se développer aussi loin que ses capacités le lui permettent.
- Assurer à tous les jeunes une formation secondaire II gratuite (post-obligatoire), que ce soit dans un apprentissage en entreprise, dans une école professionnelle ou dans un gymnase.
- Faciliter l’accès aux formations tertiaires et développer tous les aspects de la formation continue.
Prévenir l'exlusion sociale
Concernant l’école obligatoire, le système d’orientation en trois voies conduit trop généralement à reproduire un mécanisme précoce d’exclusion sociale et induit chez les jeunes orienté-e-s en voie secondaire à options et leurs famille un découragement et une démotivation qui ont des coûts humains et sociaux inacceptables. Les socialistes participeront à toute action concrète qui permettra de remédier à cette sélection précoce dont les effets sont désastreux pour toute la population.
En ce qui concerne la formation post-obligatoire, il faut lutter pour permettre à chaque jeune adulte de s’insérer dans la vie professionnelle. Ainsi, les socialistes encouragent toutes les mesures qui visent cet objectif, telles que la valorisation des CFC dans tous les secteurs, en entreprise ou en école, l’accès au gymnase encouragé, la mise en place de facilités pour permettre une poursuite de la formation à tout moment du parcours professionnel.
Mesure 2.1 : Rendre obligatoire la fréquentation du cycle initial
De très grandes disparités existent entre les enfants à l’âge de l’entrée au cycle initial (école enfantine). Ceci est le plus souvent le reflet des disparités socioculturelles. En rendant le cycle initial obligatoire, la possibilité est offerte à tous les enfants de bénéficier d’une première formation et d’un cadre pour leur socialisation, en particulier par un apprentissage ou une meilleure maîtrise de la langue. Les objectifs de cet enseignement peuvent alors être précisés et étoffés en vue de la poursuite dans les cycles primaires, ce qui assure un bon démarrage scolaire au plus grand nombre.
Comment ?
- Rendre obligatoire la fréquentation du cycle initial en modifiant la Loi scolaire.
- Renforcer les effectifs d’enseignant-e-s, redéfinir le nombre de périodes d’enseignement et le statut des enseignant-e-s en alignant le statut du Cycle initial sur celui du primaire, afin de pouvoir assurer un enseignement de qualité à ce niveau fondamental de l’apprentissage.
Faits et chiffres
- A l’heure actuelle dans le canton de Vaud, au moins 97% des élèves fréquentent le cycle initial (CIN) avant d’entrer dans l’école obligatoire.
- On peut estimer que si le CIN devenait obligatoire, le nombre de classes supplémentaires représenterait 3,6% de l’ensemble des classes actuelles, soit une augmentation approximative de 27 classes, pour un coût total de Frs. 3'326'800.-.
(Source : Le CIN aujourd’hui, DGEO, novembre 2005).
Mesure 2.2 : Instaurer une voie unique à classes hétérogènes
La Loi scolaire précise que l’école obligatoire doit permettre à l’enfant de trouver sa place dans la société. Le système d’orientation des élèves dans les voies secondaires à options, générale et de baccalauréat, conforte trop souvent les inégalités sociales. La répartition actuelle dans les trois voies reproduit généralement les classes socio-économiques dont sont issus les élèves, qui se retrouvent précocement enfermé-e-s dans une voie stigmatisante et pénalisante sur le marché du travail.
Comment ?
- Modifier la loi scolaire afin de remplacer les trois filières du secondaire par une seule voie jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire. La majorité des cours y est donnée en classes hétérogènes. Des cours à options ou à niveaux ainsi que des appuis pour les élèves en difficulté sont introduits. Des moyens supplémentaires sont attribués à ces années charnières dans la formation des élèves. Les moyens financiers et en personnel sont augmentés pour mener à bien cette réforme. Le Parti socialiste vaudois appuiera toute étape allant vers cet objectif.
- Accompagner le processus par une information directe des parents, en des termes accessibles, afin que ces derniers puissent mieux être en mesure d’encadrer leurs enfants.
Faits et chiffres
Les différences observées entre établissements pour les pourcentages d’orientation dans les trois filières conventionnelles sont préoccupantes. En effet, en moyenne cantonale, l’orientation des élèves en 2004-2005 était la suivante:
- VSB : 36,3%,
- VSG : 30,9%,
- VSO : 31,0%,
- autre : 1,5%.
Toutefois, les différences entre établissements sont importantes. L’amplitude varie :
- de 19,7% à 51,3% pour les orientations en VSB,
- de 19,4% à 50,8% pour les orientations en VSG,
- de 16,9% à 57,5% pour les orientations en VSO.
Si ces différences sont partiellement explicables par les caractéristiques des élèves, elles posent néanmoins la question de l’équité du système scolaire: à performance égale, un élève est-il orienté de la même manière dans n’importe quel établissement vaudois ?
(Source : Rapport de la Direction pédagogique à l’intention de la Chambre Cantonale Consultative des Immigrés - CCCI, 10 mai 2005).
Voir aussi mesure 7.4.
Mesure 2.4 : Mettre en place une véritable politique intégrative des élèves handicapés ou en difficulté
Le système actuel est marqué par un cloisonnement entre les classes régulières d’une part et les différentes formes d’enseignement spécialisé d’autre part (classes spéciales ou institutions spécialisées). Cette situation est due notamment au financement d’une part importante des mesures par l’AI au travers de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS). La nouvelle répartition des charges entre la Confédération et les cantons (RPT) offre une occasion de repenser le système actuel et de conduire en particulier à un décloisonnement des deux secteurs, favorisant ainsi les mesures d’intégration et l’optimisation des ressources au profit de l’ensemble des élèves en difficulté. Une meilleure répartition des ressources à travers l’ensemble du système permettra une plus grande équité dans les domaines de l’enseignement spécialisé et de la pédagogie compensatoire.
Comment ?
- Décloisonner ces deux systèmes d’enseignement.
- Renforcer le partenariat entre écoles et institutions de l’enseignement spécialisé par l’élaboration d’un cadre contractuel clarifié.
- Intégrer sous certaines conditions des enseignant-e-s ainsi que les éducatrices et éducateurs spécialisés dans le système de la scolarité obligatoire.
- Favoriser au maximum le travail en réseau, au niveau cantonal, régional ainsi que dans les établissements, de l’ensemble des professionnels responsables de la prise en charge des élèves en difficultés.
Faits et chiffres
- Le canton de Vaud est un des cantons qui compte le nombre le plus élevé d’enfants en institutions spécialisées. En 2004, le taux d’élèves dans les écoles spécialisées s’élevait à 3,12% dans le canton de Vaud, alors qu’il n’était que de 1,17% en Valais, et que la moyenne suisse se montait à 2,03%.
(Source : DFJ).
Mesure 2.5 : Renforcer l’égalité des chances et généraliser les appuis à l’école obligatoire
Les épreuves cantonales de référence introduites font apparaître de fortes disparités entre les régions du canton, notamment en raison des réalités socio-économiques et de la densité des populations défavorisées dans certaines régions. Ces disparités sont préjudiciables et mettent à mal l’égalité des chances entre les élèves.
Par ailleurs, les indicateurs, tant du taux d’encadrement qu’en termes de statut salarial et professionnel des enseignants, montrent que les investissements dans les premiers degrés de l’école obligatoire vaudoise restent en retrait par rapport au paysage romand et à la moyenne des cantons suisses. C’est pourtant dans ces premiers degrés que se développent et s’ancrent les savoirs fondamentaux (lecture, écriture, mathématiques) ainsi que les éléments de socialisation.
Comment ?
- Mettre en place dans un premier temps les éléments permettant de disposer d’indicateurs sociaux, afin d’assurer les bases d’une meilleure appréciation des besoins spécifiques des établissements scolaires. Sur la base de ces indicateurs sociaux, des structures spécifiques et des moyens complémentaires sont attribués dans les régions concernées.
- Prendre une série de mesures rapidement, parmi lesquelles :
-
- L’obligation pour tous les établissements scolaires vaudois, sur la base d’une décision cantonale, d’organiser un nombre minimum d’appuis par année dans toutes les branches principales; la personne qui assure les appuis n’est pas l’enseignant-e habituel-le ;
- L’extension du primaire jusqu’en fin de 6e année ;
- Le renoncement à la dispersion des matières d’enseignement et de repenser la grille horaire du primaire en renforçant la dotation en français ;
- La promotion du travail en équipe d’enseignant-e-s dès les premiers degrés ;
- La lutte contre la «fracture numérique», dès les premiers degrés: chaque élève bénéficie d’un accès à l’ordinateur. A terme, chaque élève doit pouvoir disposer d’un ordinateur. Dans ce domaine, la formation des enseignant-e-s doit être développée de manière volontariste et dynamique.
Mesure 2.6 : Améliorer la formation des enseignant-e-s à la hauteur des défis à relever
Les exigences nouvelles dévolues à l’école sont toujours plus élevées en termes de développement des connaissances et des compétences des élèves et des réponses à donner dans les domaines éducatif et social. Elles nécessitent, pour le corps enseignant, des connaissances professionnelles toujours plus solides ainsi qu’un statut à la hauteur des responsabilités de cette profession et des défis à relever dans le domaine central de la formation.
Comment ?
- Ne plus calquer en priorité la durée de la formation des enseignant-e-s sur l’âge des élèves dont ils auront la charge, doit permettre à chaque futur enseignant et enseignante d’atteindre le niveau d’un «master». La priorité est donnée à une revalorisation salariale des enseignant-e-s des classes des cycles primaires et du cycle initial dont les conditions de travail sont parmi les moins enviables du pays.
Faits et chiffres
Pour répondre à l’élévation générale du niveau de formation et aux défis assignés à l’ensemble du système éducatif de notre pays, le SER (Syndicat des Enseignants Romands) défend et soutient:
- une formation de l’ensemble des enseignant-e-s de l’école obligatoire et du préscolaire qui combine pratique et études académiques universitaires et dont le diplôme de fin d’études corresponde au niveau «master»,
- une entrée dans les études ouvertes aux détentrices et détenteurs d’une maturité académique et de titres jugés équivalents (maturité spécialisée ou professionnelle, notamment),
- une refonte de la politique des bourses d’études pour éviter que l’allongement de la durée des études ne soit un frein à l’accès à la profession.
Mesure 2.7 : Offrir des bourses d’études couvrant les besoins réels des jeunes en apprentissage ou aux études
L’Office cantonal des bourses (OCBE) octroie des bourses selon un barème fixé par le Conseil d’Etat, qui ne permet pas de couvrir le budget minimum réel des requérant-e-s. Ce barème empêche de lever tout obstacle financier à la poursuite des études comme le dicte pourtant la Loi sur l’aide aux études (LAE). La situation est particulièrement préoccupante pour les apprenti-e-s en école des métiers vivant avec leurs parents et ne bénéficiant pas d’un salaire d’apprentissage.
Par ailleurs, de plus en plus de Hautes Ecoles Spécialisées (HES) exigent une expérience sous forme de stage de la part des personnes souhaitant recevoir une formation en leur sein. Ces stages étant obligatoires mais effectués en dehors de la formation officielle de l’établissement, ces personnes ne peuvent pas bénéficier de l’aide financière de l’Office cantonal des bourses car elles n’ont pas le statut d’étudiant-e ou d’apprenti-e. Cela constitue une véritable entrave à l’accès à ces formations, les indemnités de stage ne couvrant pas le minimum vital et l’emploi du temps ne permettant pas d’avoir une activité rémunérée en parallèle.
Comment ?
- Les aides ne sont pas octroyées par forfait selon un barème strict mais tiennent compte du coût réel des charges de la personne requérante comprenant les frais courants (frais d’études et d’entretien, logement), et se réfèrent à un barème actualisé régulièrement. Le système doit permettre d’offrir des montants supprimant tout obstacle financier à la poursuite des études.
Mesure 2.8 : Modifier le rôle des services d’orientation professionnelle
A la fin du secondaire I, de trop nombreux jeunes se retrouvent sans projets professionnels ou sans moyens pour les mener à bien. Pour celles et ceux, principalement issus de VSB et VSG, qui poursuivent leur formation en secondaire II, cela ne porte – encore – que peu à conséquence car l’heure des choix cruciaux est différée. Toutefois pour les autres, le risque de marginalisation est extrême, avec comme corollaire le recours à l’aide sociale et à de petits jobs précaires. Par manque de moyens et de temps, les services d’orientation professionnelle sont trop souvent contraints de ne tenir compte que de l’offre concrète en places d’apprentissage et non pas des désirs des jeunes. Ainsi, ils n’offrent aucune piste pour adapter l’un à l’autre.
Comment ?
Offrir un service particulier à chaque jeune. Durant la phase de transition du secondaire I vers une voie unique, un accompagnement particulier des jeunes suivant la voie VSO est nécessaire pour les aider à faire émerger leur propre projet professionnel – quel qu’il soit – et à définir une stratégie pour atteindre leur objectif. Ceci implique:- de modifier les usages en cours dans de nombreux services d’orientation professionnelle,
- de renforcer la formation des orientatrices et orientateurs (reconnaissance des acquis, bilan de compétences),
- de généraliser l’organisation de semestres de motivation (SEMO),
- d’augmenter les moyens qui leur sont attribués pour mettre en réseau ces services avec les organisations qui travaillent avec les jeunes (type Jet-Service).
Faits et chiffres
- L’analyse des chiffres stabilisés de la rentrée 2005-2006 montre que les actions entreprises par l’Etat permettent à l’ensemble des personnes désireuses de s’intégrer dans une formation de trouver une place au sein des différentes structures mises en place. Par contre, l’offre de places de formation certifiantes n’est pas suffisante.
- Sur 10'770 jeunes qui sont entré-e-s en formation au niveau post-obligatoire au cours de l’année scolaire 2005-2006:
- 5'520 sont en formation professionnelle (4'970 en contrat d’apprentissage et 550 en formation professionnelle privée);
- 3'401 jeunes sont en formation au sein des gymnases (environ 70 % première année école de maturité et 30% première année école de diplôme);
- 1'849 jeunes sont en formation au sein des structures de perfectionnement, de transition et d’insertion (environ 1'200 sont à l’OPTI, 200 suivent un préapprentissage et 400 suivent un SEMO).
- La provenance des jeunes en recherche d’une place de formation professionnelle est extrêmement diverse. A la rentrée 2005-2006, la répartition était la suivante:
- 9ème année: 68,7%;
- Rac I et II: 5%;
- OPTI: 10 %;
- préapprentissage: 0,9%;
- écoles privées: 1,2%;
- SEMO et BIO: 8,4%;
- classes préparatoires: 0,6%;
- gymnase (échecs): 4,6%.
- Bilan OPTI pour l’année 2004-2005: des 839 élèves ayant terminé leur année, 705 ont trouvé une solution, dont plus de la moitié un apprentissage conduisant à un CFC.
- Marginalisation des 16-20 ans: trois types de population peuvent se retrouver sans solution:
- les jeunes ayant bénéficié d’une année de transition et n’ayant pas trouvé de voie de formation;
- les jeunes en rupture, connu-e-s des services sociaux et des éducateurs de rue;
- les jeunes ayant besoin d’un encadrement AI (en liste d’attente dans les institutions spécialisées).
Mesure 2.9 : Développer l’offre de formation professionnelle et pré-professionnelle dans les écoles de métiers et les centres de formation
On constate une offre insuffisante en places d’apprentissage et de structures de transition non exclusivement scolaires. Il est nécessaire de pallier cette situation et de diversifier l’offre, tant au niveau de la transition école-métier, qu’à celui de l’entrée dans une formation. Par ailleurs, des centres de formation comme celui du COFOP et du CHARTEM ont fait la preuve de leur nécessité et de leur efficacité. Malgré cela, une part grandissante de jeunes adultes en difficulté se retrouve dans une marginalisation et une paupérisation rapide.
Comment ?
- En complément des mesures existantes de perfectionnement de transition et d’insertion, donner mandat aux écoles de métiers d’accueillir les personnes nécessitant un appui particulier pour la réussite de leur formation professionnelle. Les offres sont développées et diversifiées. Il s’agit notamment de renforcer la politique d’insertion des jeunes adultes sans formation professionnelle accomplie, suivis par un Office régional de placement (ORP) ou un Centre social régional (CSR) ou moyennant des (pré-)apprentissages organisés par le biais des écoles de métiers.
- Augmenter les capacités d’accueil du COFOP et du CHARTEM et les offrir dans plusieurs régions du canton. L’OPTI (Office de perfectionnement scolaire, de transition et d’insertion professionnelle) accroît son offre non exclusivement scolaire.
Faits et chiffres
- Sur 10'770 jeunes qui suivent une formation au niveau postobligatoire durant l’année 2005-2006 :
- 32% sont en formation au sein des gymnases;
- 51% sont en formation professionnelle et
- 17% sont en formation au sein des structures de perfectionnement, de transition et d’insertion.
- Ils se répartissent entre l’OPTI, les préapprentissages et les SEMO.
- En 2004, 14’268 élèves suivaient un apprentissage (CFC) dans le canton de Vaud ; ils se répartissaient de la manière suivante :
- formation duale (11'886);
- formation à plein temps (1'034);
- formation professionnelle accélérée duale (22);
- formation professionnelle accélérée plein temps (209);
- maturité professionnelle intégrée duale (695) et
- maturité professionnelle intégrée plein temps (422).
(Source : DFJ).
Mesure 2.10 : Créer un fonds pour la formation professionnelle
Le manque de places d’apprentissage est considérable et va en s’empirant avec le temps. Parallèlement, le patronat se plaint de charges administratives et des coûts liés à la formation des apprenti-e-s. Des aides séparées à chaque entreprise ne sont plus à la hauteur du problème, il convient donc d’améliorer la situation de l’ensemble des entreprises désireuses de former des apprenti-e-s et de se doter d’un fonds pour la formation professionnelle destiné à rendre gratuit la formation d’apprenti-e-s pour les maîtresses et les maîtres d’apprentissage. La mise en place d’un tel fonds, comme il en existe dans les cantons de Genève, du Jura et de Neuchâtel, doit permettre la création de places d’apprentissage.
Comment ?
- Prélever un pourcentage de la masse salariale de toutes les entreprises du canton pour financer un fonds pour la formation professionnelle. Les entreprises parties à des fonds de branche institués par voie conventionnelle (CCT) ne pourvoient pas à l’alimentation de ce fonds. La gestion tripartite du fonds est confiée à un organe englobant des représentant-e-s des salarié-e-s, des employeurs et de l’Etat.
Faits et chiffres
- A la rentrée 2005-2006 dans le canton de Vaud, 1'849 jeunes sont entré-e-s en formation au sein des structures de perfectionnement, de transition et d’insertion. Certain-e-s ont suivi un programme de raccordement, de perfectionnement, de préformation, un semestre de motivation ou encore un préapprentissage.
- En 2006 comme en 2005, il manquait au moins 1'000 places d’apprentissage.
Mesure 2.11 : Professionnaliser les commissaires d’apprentissage
La tâche des commissaires d’apprentissage consiste à superviser et à veiller au bon déroulement des apprentissages. En cas de rapports difficiles entre l’apprenti-e et sa maîtresse ou son maître d’apprentissage, le ou la commissaire a compétence pour proposer à l’apprenti-e d’effectuer son apprentissage auprès d’un autre employeur.
Actuellement, les commissaires nommé-e-s sont souvent proches des maîtresses et des maîtres d’apprentissage, ce qui les rend partiaux dans leur approche. Leur emploi du temps extrêmement chargé leur permet très rarement de rencontrer les apprenti-e-s plus d’une fois par année. Par ailleurs, les personnes nommé-e-s se trouvent trop souvent étrangères aux branches dans lesquels elles opèrent. Parfois, l’apprenti-e ne rencontre même pas sa ou son commissaire d’apprentissage. Par conséquent, elles et ils sont souvent peu à l’écoute des difficultés rencontrées par les apprenti-e-s. De trop nombreux contrats d’apprentissage sont rompus à la hâte laissant des jeunes sans perspective nouvelle de formation. Une professionnalisation et une valorisation de l'activité de commissaire d'apprentissage apparaissent nécessaires afin que l’apprentissage se déroule dans de bonnes conditions.
Comment ?
- Professionnaliser les commissaires et mettre en place de postes à plein temps, à raison d’un-e commissaire par branche. Les commissaires d’apprentissages nommé-e-s par le Département de la formation et de la jeunesse doivent être d’anciennes employées ou employés qualifiés du métier concerné. Une formation pédagogique adaptée permet d’entendre les difficultés rencontrées par le jeune et de pouvoir en parler à son employeur. Il s’agit de rendre les commissaires d’apprentissages plus réactives et réactifs en cas de difficultés survenant dans les rapports entre l’apprenti-e et sa maîtresse ou son maître d’apprentissage. Afin d’éviter les ruptures de contrat d’apprentissage, renforcer les mesures de transition école-métier.
Faits et chiffres
- La récente mise en place dans le canton d’un commissaire professionnel, ancien garagiste, dans la branche des garagistes satisfait l’association professionnelle en question et les partenaires sociaux. Elle permet d’être plus à l’écoute des difficultés rencontrées par les apprenti-e-s et d’agir par conséquent plus en amont.
Mesure 2.12 : Favoriser l’attribution des mandats publics aux entreprises formatrices
Le désengagement relatif des entreprises qui ne peuvent suivre les évolutions démographiques de la formation d’apprenti-e-s fait qu’elles deviennent de plus en plus nombreuses à profiter de la formation consentie par d’autres entreprises. Dans le même temps, de grandes entreprises se contentent désormais de former des jeunes pour leur propre besoin en négligeant l’apprentissage qui renforce la flexibilité et la mobilité des apprenti-e-s.
Comment ?
- Lors de l’octroi d’un mandat public, retenir systématiquement le critère de formation d'apprenti-e-s dans le cahier des conditions pour les appels d'offre.
Faits et chiffres
- Début 2006, sur un total d’environ 32'000 entreprises vaudoises (ensemble des entreprises y compris indépendants), on compte environ 10'000 entreprises formatrices, soit 31,1%. C’est pourquoi le DFJ a lancé, avec le soutien de l’OFFT, une action de prospection de places d’apprentissage s’adressant aux 20'000 entreprises vaudoises non-formatrices (source: DFJC).
- Les statistiques mettent en lumière une «bosse démographique» dont le pic a culminé en 1991 avec 8'186 naissances. Ces élèves sont entrés au postobligatoire en 2006 (sources: SCRIS et DFJ).
- Les 4,8 milliards investis par les entreprises suisses formatrices en 2000 ont permis de rapporter 5,2 milliards.
(Source: Schweri et Wolter, Coût et bénéfices de la formation professionnelle du point de vue des entreprises suisses, Berne, 2003).
Mesure 2.13 : Inciter les entreprises étrangères à intégrer notre système de formation duale
Le système de formation duale permet à l’apprenti-e de se former en entreprise et en école professionnelle. Les connaissances techniques et théoriques acquises en centre professionnel sont directement appliquées auprès de la maîtresse ou du maître d’apprentissage dans la réalité du monde du travail. Ce système n’a pas son pareil ailleurs en Europe. La formation duale constitue un système que d’autres Etats nous envient et dont l’ensemble des partenaires sociaux reconnaissent la valeur. A l’heure actuelle, trop d’entreprises qui dégagent des bénéfices extraordinaires demeurent dépourvues de centres de formation.
Comment ?
- Stimuler l’offre en place d’apprentissage en faisant connaître le système de formation duale aux multinationales et aux entreprises étrangères susceptibles de s’implanter dans le canton de Vaud. Les multinationales sont souvent désireuses d’embaucher des apprenti-e-s mais ne le font pas par méconnaissance des possibilités offertes par le système de formation duale. Le développement de notre système de formation doit être contenu dans l’objectif de promotion économique.
- Une circulaire relative à notre système de formation est élaborée de façon tripartite (syndicat, association d’employeurs et Etat) par la commission cantonale consultative sur l’emploi. Ce document est ensuite transmis par le Département de l’économie à toute entreprise étrangère désireuse de s’implanter dans le canton.
Faits et chiffres
- Dans le canton de Vaud en 2004, 87 % des apprenties et apprentis sont formés en voie duale. Une telle proportion d’apprenties et apprentis formés en entreprise garantit à ces derniers une précieuse formation complémentaire. Néanmoins, les entreprises étrangères formant des apprenti-e-s sont rarissimes.
Mesure 2.14 : Améliorer les structures de la formation agricole et des métiers du bois
Dans le canton de Vaud, la formation professionnelle dans les domaines agricole et des métiers du bois (forestières et forestiers, bûcheron-ne-s, etc.) sont les seules formations professionnelles qui ne soient pas rattachées au Département de la formation et de la jeunesse. Cette singularité a empêché une réforme structurelle et stratégique de ce type de formation et/ou d’y intégrer les nouvelles dispositions en matière de formation professionnelle telles que:
- soutien aux apprenti-e-s;
- intégration de filières individualisée;
- collaborations intercantonale;
- réforme des structures de formation et de la surveillance de l’apprentissage;
- développement d’écoles spécialisées.
Ainsi, en l’absence de compétences et de recul pédagogique, les déboires successifs dans l’orientation stratégique de ces formations sont à relever (3 centres de formation vaudois pour un nombre d’élèves minimal mais absence de centre de compétences reconnu, abandon de la formation en industrie laitière, etc.).
Comment ?
- Intégrer la part des formations des métiers du bois, agricole et ménagère dans la nouvelle Loi de la formation professionnelle vaudoise (nLVFPr).
- Rattacher la formation professionnelle agricole au Département de la formation et de la jeunesse pour permettre un meilleur pilotage politique et stratégique.
- Soutenir l’engagement de conseillères et conseillers aux apprenti-e-s ainsi que l’introduction de soutiens individualisés.
Mesure 2.15 : Améliorer l’encadrement des étudiant-e-s de l’Université
Le nombre d’étudiant-e-s à l’Université augmente depuis plusieurs années sans que les conditions d’encadrement ne soient adaptées. Cela conduit à des taux d’encadrement insuffisants dans certaines filières, qui ne permettent plus de garantir la qualité de l’enseignement. De plus, la réforme des cursus dans le cadre du processus de Bologne se traduit par des modes d’enseignement plus scolaires surchargeant encore les assistant-e-s.
La Loi sur l’Université limite la durée maximale d’engagement des assistant-e-s à 5 ans, ce qui pourrait être raisonnable si le temps pour leurs recherches et leur formation doctorale était assuré. Or pour que cela soit le cas, il faut assurer contractuellement aux assitant-e-s un pourcentage de leurs temps de travail pour leurs recherches, un temps de travail global suffisant et, afin que les missions de l’Université soient assurées, il faut engager un nombre suffisant de personnes.
La qualité de la formation dispensée à l’Université dépend de la qualité de l’encadrement des étudiant-e-s. Il est indispensable d’avoir des taux d’encadrement permettant un enseignement à la hauteur des exigences académiques.
Comment ?
- Modifier la Loi sur l’Université pour donner un statut aux assistant-e-s dans le cadre de la LPers, les dérogations nécessaires à la particularité de leur statut étant prévues dans la loi actuelle.
- Garantir que le taux d’engagement minimal soit de 80% et le pourcentage consacré aux recherches personnelles de 50%.
- Donner les moyens pour mettre en place des taux d’encadrement satisfaisant des critères de qualité et permettant l’application du cahier des charges des assistant-e-s.
Mesure 2.16 : Instaurer des chèques de formation continue
Le marché actuel du travail montre l’importance toujours croissante de la formation continue pour se maintenir, au plan professionnel comme au plan personnel. Les offres en formation continue ouvertes aux agent-e-s publics et aux employé-e-s de certaines grandes entreprises donnent un aspect dynamique à leur formation professionnelle. Elles permettent aux personnes intéressées de parfaire leurs compétences pour les appliquer ensuite. Les cours de communication et de développement jouent un rôle déterminant pour répondre aux besoins de motivation et d’investissement des collaboratrices et des collaborateurs dans leur activité professionnelle et de succès de l’entreprise. Parallèlement, les cours de français dispensés aux personnes migrantes répondent à une demande réelle et favorisent leur intégration. Les offres en formation continue se limitent pourtant pour le moment à certaines professions. Il convient de rendre possible la formation tout au long de la vie pour tous les secteurs d’activités professionnels qui ne peuvent en bénéficier.Comment ?
- Ouvrir des crédits de formation aux métiers du secteur privé prétérités par une absence d’offre en formation continue, dans les cas où les employeurs n’ont pas les moyens de le proposer à leurs salarié-e-s. Toute personne imposable dans le canton de Vaud et y exerçant son activité professionnelle peut à un moment donné de l’année solliciter son employeur pour avoir accès à un cours satisfaisant ses besoins. Cette prétention est fondée sur le droit de tout employé et employée à un bilan professionnel. Le cours en question doit s’étendre au minimum sur une période de 16 heures comprises dans le temps de travail de l’employé-e. Les frais sont couverts par l’employeur comme dans les entreprises où cela se pratique actuellement, subsidiairement, particulièrement dans les petites et moyennes entreprises ne détenant pas les moyens de l’offrir à leurs employé-e-s, l’Etat participe au financement de la formation complémentaire selon un barème basé sur le revenu annuel imposable de la personne et prenant en compte le nombre d’enfants (jusqu’à trois). Le barème établit un plafond au-delà duquel l’Etat ne pourvoit pas au financement de la formation souhaitée. Une promotion autour de l’introduction de la mesure est assurée par le Département de la formation et de la jeunesse de façon à ce que le plus grand nombre de personnes puissent en bénéficier.
Faits et chiffres
- Les recherches en sciences de l’éducation de l’Université de Genève illustrent le développement nécessaire du perfectionnement professionnel des adultes.
(Source : Education permanente, FSEA-Fédération suisse pour la formation continue, février 2005).
Mesure 2.17 : Valider les acquis de l’expérience
La validation des acquis de l’expérience repose sur le principe selon lequel il est inutile d’apprendre ce que l’on sait déjà. Effectivement, il existe actuellement différentes personnes qui, au fur et à mesure de leur parcours professionnel et personnel, acquièrent différentes compétences et connaissances pratiques et théoriques de manière autodidacte. L’acquisition de ces compétences ne leur est jamais reconnue. Cela se traduit principalement par des pertes d’emploi mais aussi par des difficultés à en trouver ou par des salaires trop bas au regard des compétences détenues par l’intéressé-e. Parallèlement, ces validations s’adressent à des personnes désireuses de changer de profession mais aussi aux jeunes en formation, aux personnes en rupture, etc. Les femmes sont particulièrement concernées par cette problématique. En effet, plus souvent que les hommes, elles ont des parcours professionnels atypiques en raison par exemple d’un arrêt de formation ou d’emploi à l’arrivée d’un enfant.
Il convient dans une dynamique de formation permanente de reconnaître à ces personnes les compétences qu’elles ont acquises tout au long de leur parcours professionnel et personnel.
Comment ?
- Se doter de dispositifs de reconnaissance des acquis, comme la nouvelle Loi fédérale sur la formation professionnelle en offre la possibilité aux cantons.
Faits et chiffres
- Le canton de Vaud accuse un retard patent dans la mise en place de ce nouveau type de reconnaissance par ailleurs en plein développement dans d’autres cantons, soit tous les cantons romands et de nombreux cantons alémaniques.
Mesure 2.18 : Développer la formation élémentaire des adultes
En Suisse et dans le canton de Vaud, près de 5% de la population éprouve des difficultés à lire, écrire et compter. Les personnes migrantes en provenance de pays dont les systèmes d’éducation ou de formation sont déficients ne sont pas les seules concernées. On trouve aussi, au sein de cette population, de nombreuses personnes de nationalité suisse qui n’ont pas bénéficié d’une scolarité obligatoire complète.
De nombreuses associations s’efforcent de venir en aide aux personnes dont la formation élémentaire est insuffisante. Toutefois, sans l’aide des pouvoirs publics et sans relais entre les cours qu’elles dispensent et les lieux de formation professionnelle reconnue, leur intervention ne répond que partiellement aux besoins.
Comment ?
- Mandater les associations et instituts déjà actifs dans la formation élémentaire des adultes et leur donner les moyens de développer leurs activités, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif.
Faits et chiffres
- La ville de Lausanne a créé la «communauté d’intérêt de la formation élémentaire des adultes» (CIFEA) qui rassemble cinq associations. Grâce aux subventions de la ville, la CIFEA peut offrir aux Lausannois-es qui ont besoin d’une formation élémentaire des cours gratuits. Depuis 1996, plus de 1’700 personnes ont bénéficié chaque année de cette offre.
Voir aussi mesure 7.6.
Mesure 2.19 : Créer des cursus d’études à temps partiel dans toutes les filières des Hautes Ecoles
La formation tertiaire doit être accessible. La structure actuelle de la plupart des filières proposées par les Hautes Ecoles est faite pour les personnes qui ont les moyens de s’y consacrer à plein temps. De fait, elle exclut les personnes soumises à d’autres obligations, notamment familiales, non compatibles avec ces cursus. Les femmes sont majoritairement concernées par cette situation. Il est également à souligner qu’étudier à temps partiel devient le choix ou la nécessité de plus en plus d’étudiant-e-s.
Comment ?
- Faire en sorte que des cursus d’études à temps partiel soient possibles pour chaque titre offert par une Haute Ecole. Cela peut être atteint soit par des durées d’études suffisamment larges, soit si cela est nécessaire pour la formation concernée, la création de cursus avec une structure de type modulaire, dite «en emploi». Le statut d’étudiant-e à temps partiel doit faire l’objet d’une définition harmonisée entre les différentes Hautes Ecoles et les pouvoirs publics. Par ailleurs, les personnes en études à temps partiel doivent pouvoir bénéficier d’aides financières aux études, si elles en ont besoin.
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