L’Etat «bourgeois» : toujours plus envahissant et coûteux
C’est lorsque l’idéologie du «laisser-faire» domine, comme c’est le cas aujourd’hui, que l’Etat est le plus fortement sollicité et que son équilibre financier est le plus sérieusement compromis. Au nom du «moins d’Etat», on s’abstient de toute véritable politique bancaire, mais pour accorder, ensuite, plus de deux milliards de francs d’aide publique à la Banque cantonale. Au nom du «moins d’Etat», on renonce à toute véritable politique d’intégration sociale, au risque de voir les inégalités se creuser sans cesse, mais pour intervenir massivement ensuite afin d’assurer l’entretien d’une part croissante de la population réduite à l’indigence : l’aide sociale coûte à elle seule plus de 250 millions de francs par an au canton. Au nom du «moins d’Etat», on laisse l’industrie dégrader l’environnement (naturel ou bâti) mais pour assainir ensuite les sites en danger (des immeubles isolés à l’amiante en passant par les sites naturels transformés en décharges toxiques) aux frais des contribuables.
Chacun-e peut le constater: l’Etat n’est jamais autant sollicité que lorsqu’il est dirigé par une majorité politique dite bourgeoise dont le programme consiste, officiellement, à congédier l’Etat pour s’en remettre aux seules lois du marché. L’Etat n’intervient qu’en qualité de «pompier» afin de réparer autant que faire se peut les dégâts du «moins d’Etat». C’est ainsi que l’on puise dans les caisses de l’Etat pour venir en aide à des entreprises publiques en difficulté parce que l’on se refuse à leur demander des comptes en temps utile. Ou encore que l’on puise dans les caisses de l’Etat pour prendre en charge des jeunes délinquant-e-s toxicomanes bénéficiant de mesures sanitaires et socio-éducatives en milieu carcéral (jusqu’à Frs. 1'000.- par jour) parce que l’on se refuse à engager en temps utile, dans l’éducation, la formation ou le social les moyens nécessaires à l’insertion de toutes et tous.
Pour tenter de compenser ces coûts démesurés engendrés par le «laisser-faire», on décrète des réductions d’effectifs au sein de l’administration, ce qui ne manque pas de provoquer de nouvelles crises qui, à terme, font à leur tour exploser les coûts. Ainsi, les tribunaux sont privés du personnel nécessaire à leur activité puis, devant l’ampleur des conséquences, des mesures de crises sont prises, des postes sont accordés en urgence, mais temporairement. Le «laisser-faire» et les contradictions qu’il génère n’expliquent pourtant qu’une partie des difficultés dans lesquelles se débat l’Etat bourgeois. Cet Etat s’alourdit et s’endette aussi parce qu’il protège la minorité possédante qui le contrôle encore. Il est littéralement mis au service de certains intérêts sectoriels, de certaines corporations, le plus souvent à grands frais pour les contribuables. Dans le domaine de la santé qui devrait normalement échapper à toute logique marchande, l’Etat est utilisé pour protéger outre mesure les prestataires de soins privés, les assureurs et plus encore les ménages de condition aisée. On renonce à contrôler sérieusement les rémunérations des prestataires, à exiger une comptabilité transparente des assureurs ou encore à fixer les primes en fonction du revenu des assurés.
C’est de cette façon que les coûts explosent et que l’Etat doit verser des subsides à un tiers de la population (après avoir vérifié la fortune et le revenu de chaque famille concernée). De même, l’Etat protège les banques et les commerces qui proposent la consommation à crédit, quand bien même une part croissante des ménages privés, aux prises avec le surendettement, ne parvient plus à payer ses impôts et ses primes d’assurance maladie ou se trouve contrainte de s’adresser aux services sociaux. Ainsi au nom du «moins d’Etat», on institue des appareils administratifs extrêmement lourds pour gérer l’indigence des uns, générée par les privilèges accordés aux autres. L’Etat bourgeois, asservi aux seuls intérêts de minorités possédantes, foule aux pieds les principes de la bonne gouvernance.
Vers un autre Etat
Si les élu-e-s socialistes participent à une majorité, elles et ils confieront à l’Etat la charge de réguler la société selon l’intérêt général. De prévenir plutôt que guérir, de veiller à l’intégration de toutes et tous plutôt que de secourir un nombre croissant d’exclu-e-s, de protéger l’environnement plutôt qu’assainir à grands frais des milieux dégradés. Un tel Etat, enfin au service de toutes et tous et non seulement de la bourgeoisie, se caractérise d’abord par ce qu’il entreprend pour favoriser la justice sociale et non par les secours qu’il apporte in extremis à une partie croissante de la population en grande difficulté. Un tel Etat mène à la fois une politique économique pour créer de la valeur, en concentrant ses efforts sur des secteurs à forts potentiels, et une politique sociale pour partager équitablement cette valeur.